Au cours d’une animation pédagogique, un conseiller a lancé cet appel venu du cœur : «Sauvez notre école publique ! ».

Durant la décennie qui vient de se terminer, la tendance était plutôt à l’optimisme : l’école va de mieux en mieux. De nouveaux programmes, plus adaptés au contexte socioculturel de l’enfant djiboutien a été élaboré, de nouveaux manuels sont publiés et l’architecture scolaire a été refondue profondément. Même s’il reste du chemin à faire, les choses semblent se diriger vers la bonne direction. Alors, pourquoi tirer la sonnette d’alarme ?

Tout simplement parce qu’il y a des raisons de s’inquiéter. Les parents d’élèves ont une image exécrable de l’école publique Djiboutienne. Selon eux, les enseignants sont incompétents, voire paresseux, les salles de classe sont délabrées et le matériel manque cruellement, surtout dans les écoles de la grande banlieue. La liste des griefs est longue. Ceux qui ont les moyens préfèrent inscrire leurs enfants dans des établissements privés, ou au moins font de leur mieux pour leur assurer des cours de soutien.

Le fait est là, indéniable : les usagers ne font plus confiance dans l’école publique. Le danger réel est de voir se développer, si ce n’est déjà fait, une école à deux vitesses : une pour les pauvres, et une autre pour les riches.

Un ami m’a confié récemment qu’il préférerait confier la scolarité de son enfant à une école privée, ou au moins l’inscrire dans une école du centre-ville. Il considère que les enfants des écoles de Balbala sont plus faibles que ceux de la ville. Cette observation est faite couramment, autant par les enseignants que par les parents d’élèves.

L’école publique risque elle-même de se fracturer en deux : d’une part les écoles qui sont bien pourvus en matériels et en enseignants chevronnés, et ceux qui manquent cruellement de moyens. Ceci a des retombées évidentes et fâcheuses sur les performances des enseignants en classe. Ces derniers ont adopté le système « D » pour pouvoir travailler dans des conditions à peu près convenables.

Les écoles situées géographiquement dans une zone « défavorisée » ne peuvent pas espérer une aide quelconque de la part de familles qui arrivent difficilement à joindre les deux bouts. Par contre, les écoles un peu plus chanceuses recevra un soutien non négligeable des parents d’élèves qui, souvent, ont les moyens de participer financièrement à la vie de l’école, à travers les cotisations pour l’entretien des toilettes et le recrutement d’un gardien de nuit.

Les enseignants, cheville ouvrière sur lequel repose tout le système scolaire, ne doivent pas être les seuls à qui s’adresse ce signal d’alarme qui doit être pris en compte sérieusement. Pour restaurer l’image de l’école publique auprès des parents d’élèves, et d’une manière générale, améliorer sa situation, c’est un travail de logue haleine qui doit être entrepris, main dans la main avec les responsables du Ministère. On doit d’abord se pencher en priorité sur le problème du manque matériel, dont souffrent autant les enseignants que les élèves. On doit aussi initier des travaux de restauration des salles de classe en urgence. Enfin, un suivi rigoureux des enseignants doit être fait, et renforcer leur formation initiale pour améliorer le rendement de  l’école publique.

Encadrer les enseignants, les former et leur fournir, dans la mesure du possible, les moyens nécessaires pour qu’ils puissent travailler plus efficacement, tels devraient être les priorités du Ministère. Elaborer de nouveaux programmes ne servira à rien sans cela.

Pour finir, je cite encore une fois le conseiller pédagogique qui a initié le débat : « A votre niveau, sauver l’école publique signifie tout simplement de faire votre travail en toute conscience. Voilà quelle peut être votre contribution. »