Le reste du monde ne semble pas s’en rendre compte, mais la petite république autoproclamée du Somaliland poursuit son bonhomme de chemin, dans une atmosphère de sérénité qui contraste avec les troubles qui agitent la Corne de l’Afrique.

 En proclamant unilatéralement leur indépendance en 1991, les leaders politiques avaient sans doute eu l’intention de se protéger des contrecoups de la guerre civile, dont l’épicentre se situe à Mogadiscio. D’autant plus que cette région de l’ancienne et glorieuse République Socialiste de Somalie, s’est toujours sentie lésée dans le partage des richesses, et avait même subie les contrecoups de la colère du dictateur Ziyad Barré, qui avait lâché l’armée sur Hargeis en 1988 pour débusquer les activistes du SNM (Somali National Movement), au prix de la mise à sac et de la destruction de la ville. Ce sentiment de rancœur, né de cette période, explique que les Somalilandais n’ont pas voulu subir la guerre civile qui a détruit un pays dans lequel ils ne pensaient pas avoir leur place.

 Le fait qu’ils ne soient pas reconnus au niveau international n’a pas empêché les Somalilandais de construire un pays dans lequel l’alternance et le débat démocratique, ainsi que la liberté d’expression sont réelles. Malgré l’absence de statistiques validées par les institutions internationales, on peut constater de visu que les activités commerciales et industrielles battent leur plein. 

Les gouvernements successifs de cette petite république font des efforts  soutenus pour faire reconnaître la Somaliland comme un pays à part entière.

Au début de cette décennie, l’espoir de voir  se concrétiser ce rêve a semblé se rapprocher quand Mme Edna Aden a été nommée au Ministère des Affaires Etrangères.

Cette ex représentante résidente du PNUD à Djibouti a enchaînée tournée sur tournée à l’étranger, affirmant la légitimité du Somaliland à avoir sa place dans le concert des nations. Elle avait même reçue l’oreille bienveillante des Britanniques à l’époque.  Les Somalilandais ont cru enfin récolter le fruit de leurs efforts incessants.

 Pendant l’été 2004, Mme Alina, connue par les habitants de Borama sous le surnom affectif « d’Aala Niina », fut assassinée froidement. D’origine italienne, elle vivait depuis plus de trente ans à Borama et s’occupait de l’hôpital pour tuberculeux de la ville. Ce fut une perte et un énorme choc pour la population locale. A Hargeisa, deux enseignants d’origine européenne ont aussi été tués.

Ces séries de meurtres sont survenues, comme pour contredire les déclarations enflammées de Mme Edna Aden. Les assassins n’avaient jamais pu être appréhendés. Ils avaient contribués à éloigner pour longtemps le rêve de reconnaissance de ce vaillant petit pays. D’après l’opinion générale, les partisans de « la Grande Somalie » unifiée et ayant Mogadiscio pour capitale ne seraient pas étrangers ces événements.

Malgré cela, la vie continue et les Somalilandais vivent dans la paix et ont pu au moins concrétiser une chose : instaurer une réelle démocratie, une denrée rare en Afrique de l’Est.