A midi, le khât est exposé à tous les coins de rue, attendant « sagement » dans son emballage transparent le client qui ne manque jamais de se présenter. Car il est une réalité à Djibouti qu’il est impossible de nier : la consommation du khât s’est inscrite profondément dans les mœurs Djiboutiennes, au point de s’ériger en pratique sociale.

Pour beaucoup d’entre nous, la tentation est trop forte de passer plusieurs heures à mastiquer, fumer et suer, rêvassant à des futurs improbables et se tenant des promesses jamais tenues. Occuper l’esprit et abreuver le corps de toujours plus d’euphorisant est devenu en quelque sorte un sport national.

A mon avis, ceux qui affirment que le khât est une tare qui enlaidit notre société, ainsi que ceux qui, pour une raison ou pour une autre, prétendent le contraire, ont tous autant qu’ils sont adoptés une position extrême et radicale. N’oublions pas que nous devons respecter la liberté de choix des personnes de consommer tout produit vendu librement sur le marché, et c’est le cas du khât. Malheureusement.

Cependant, si on prend le temps d’observer les habitudes des sociétés tout autour de nous, on retrouve avec étonnement des pratiques plus ou moins similaires à la consommation du khât. Par exemple, en Afrique de l’Ouest, la noix de cola, un fruit contenant des euphorisants (tout comme le khât) est largement consommée. Les pays occidentaux consomment pour leur part l’alcool ; les bars sont même des lieux sociaux privilégiés. Dans le même esprit, les Boliviens consomment la coca, une feuille étrangement similaire au khât, tant par son apparence que par les effets escomptés.

Ceci dit, si toutes les sociétés, ou presque, se ressemblent de ce point de vue, cela n’excuse pas pour autant les dérives occasionnés par la consommation de ces produits. Ces pratiques « sociales » ont leur point sombre : l’alcoolisme, la dépendance, les violences conjugales, la délinquance, et j’en passe. La consommation excessive de ces produits a des conséquences néfastes pour la santé de la personne et la sécurité des citoyens.

Dans notre cas, on peut ajouter l’aspect financier, qui est l’argument principal des « anti-khât ». Nous avons tous entendu des histoires tristes à propos de pères de famille irresponsables qui préfèrent brouter plutôt que de nourrir et vêtir leurs enfants et leurs épouses. Ou à propos de jeunes tombés dans la dépendance et la délinquance, cherchant dans le vol de quoi se payer sa dose de khât.

Pour finir, la consommation du khât comporte une dimension privée que l’on doit respecter : chacun fait son choix. Mais il comporte aussi une dimension collective, car du moment que cela affecte la sécurité des personnes et le bonheur des foyers, ça concerne la société toute entière.