Le Cheikh Abdourahman Bachir

Chaque soir, après le « tarawiih », K. et ses copines vont laver la mosquée de fond en comble. Elles se retrouvent tous les soirs pour cet acte de bienfaisance qu’ils effectuent de bon coeur, sous l’oeil bienveillant d’un jeune « cheikh » qui supervise les travaux. Au bout d’un certain temps, les filles remarquent que l’une d’entre elles fait les yeux doux au cheikh, et fait tout pour attirer son attention. Les sarcasmes fusent aussitôt, et elles remettent en doute les raisons de sa venue à la mosquée.

« Tu ne viens pas pour Allah, mais pour les beaux yeux de M., n’est-ce pas? » La jeune fille se défznd comme elle peut. Mais en fin de compte, elle renonce. « Qui peut savoir où on va rencontrer l’amour? Et ça ne veut pas dire que je viens seulement pour lui! »

En Islam, l’acte est important, mais tout aussi important est l’intention. Si par exemple, la jeune fille en question lavait la mosquée, c’est une bonne chose, mais ça ne comptera pas auprès d’Allah si l’intention était de se faire bien voir du jeune « cheikh » afin de le séduire!

Pendant le Ramadan, les réunions religieuses sont autant de lieux d’opportunités de rencontres pour des jeunes à la recherche d’une vie guidée par les préceptes de l’Islam. Mais dans notre société, les mauvaises langues ne manqueront pas de souligner qu’il y a une certaine hypocrisie à se vêtir des habits de la religion…pour draguer. Il est vrai que le jeune fille aurait eu beacoup plus de chances avec des minijupes et des décolletés profonds. Mais ce serait seulement auprès de certaines personnes, qui ne considèrent pas la religion comme un facteur important et déterminant dans leur vie.

Le temps semble s’étirer pendant le Ramadan, et les soirées sont plus longues. Les jeunes rentrent donc plus tard, et il n’y a aucun mal pour une fille « honnête » à rentrer après 10h ou 11h à la maison, après avoir passé du temps « entre jeunes ». Certains vont préférer aller ensemble à des « tarawiih » dans des mosquées du centre-ville, ou participer à un discours religieux d’Abdourahman Bachir, ou d’Abdourahman Barkat, les deux religieux qui ont la côte auprès des jeunes à Djibouti.

Ainsi, la jeunesse essaie tant bien que mal de conjuguer leur identité musulmane avec leurs aspirations dans la vie et leurs désirs de post-adolescents à peine adultes. Leurs interrogations sur la vie, l’amour, les relations sociales, le mariage, etc… semblent ne pas avoir d’échos auprès des religieux qui préfèrent baser leur harangue sur des thèmes bien connus et sans danger, qu’ils rabâchent à longueur d’année, chaque année…

En cette période de Ramadan, il serait peut-être temps de rapeller que les jeunes ont besoin qu’on leur parle de leurs préocuupations de jeunes adultes, qu’on leur donne des indications et des repères sur la façon de draguer (eh oui!), de se marier, de gérer une famille, etc… Abdourahman Bachir et Abdourahman Barkat sont les deux seuls à avoir abordé ces sujets. Si les religieux ne leur disent pas ce que pense l’Islam à propos de ces sujets, la télévision s’en chargera pour eux…