J’ai rédigé cet article pour mon site sur le primaire, Mon Ecole. J’ai voulu le proposer sur ce blog car la problématique soulevée, le rapport des Djiboutiens avec la lecture, et par extension à l’écrit peut intéresser un plus large public que les enseignants.

Les enfants, dans leur langage imagé, utilisent une expression amusante pour désigner le générique de début et de fin, dans les films et les émissions : « achir », qui peut se traduire par « devoir » ou « exercice ». Le générique étant cet amoncellement de noms et d’expressions incompréhensibles et inutiles qui défilent interminablement, l’on peut comprendre (sans justifier) que les enfants, et aussi certains adultes illettrés (ou analphabètes), l’intitulent de cette manière.

Pour eux, tout ce qui est écrit évoque l’école et la contrainte. Ils se rappellent sans doute comme d’un souvenir désagréable le maître les obligeant sans cesse à déchiffrer, dans le livre de lecture, ces mots issus d’une langue étrangère.

La question qui vient immédiatement à l’esprit est : Pourquoi la lecture rebute-t-elle tant nos élèves Djiboutiens ?

Le fait que la langue enseignée ne soit pas leur langue maternelle peut expliquer certainement cet état des choses, mais ce n’est pas tout, on s’en doute. En fait, le rapport qu’ils entretiennent avec le livre est un facteur important. Les élèves qui ont le plus de difficultés avec la lecture sont issus de familles défavorisées, dont les moyens ne permettent pas d’acquérir ou d’accéder aux livres. Pour certains, même accéder au livre de lecture et pouvoir l’utiliser à la maison relève du luxe, les écoles qu’ils fréquentent ne disposant pas de suffisamment de livres.

Le seul livre qu’ils n’aient jamais tenu entre leurs mains étant celui que leur procure l’école, et celui-ci étant synonyme de travail, d’efforts et de contraintes, l’association entre livre/contrainte est vite faite. L’aspect « plaisir et découverte » est absent de ce schéma.

Durant l’année scolaire 2009-2010, j’ai eu l’idée d’inscrire mes élèves de 5ème Année A (Balbala 7) au CCFAR. Après deux ou trois semaines de collecte de l’argent, 38 élèves furent inscrits de cette manière.

Un de mes élèves se découvrit une passion pour l’histoire. Il venait souvent me voir et me rapportait avec enthousiasme ses découvertes ; il avait découvert que la lecture ouvrait vers un monde d’informations passionnantes et de savoir. Il en fut d’autant plus motivé et son niveau en vocabulaire et expression écrite s’en ressentait sensiblement. En effet, ses réponses écrites étaient plus étoffées et cohérentes, il pouvait écrire des phrases correctes.