Témoignage d’un enseignant en prise avec les interrogations inhérantes à son métier. Le rôle social de l’enseignant est trop souvent occulté par les contraintes horaires et matérielles, qui est hélàs le lot des écoles du Tiers-Monde (pardon, des pays en voie de développement).

Les citoyens en herbe que sont les élèves du primaire sont pour la plupart démunis de culture démocratique et environnementale. Illustration parfaite de leur maigre bagage civique, peu d’élèves sont capables de réciter par cœur l’hymne national, et comprendre l’importance de protéger notre environnement.
A l’école de Dikhil 3, on m’avait confié une classe de 2ème Année de 37 élèves. A la récréation, les enfants ont l’habitude d’acheter des glaces et des sucreries. Après en avoir fini, je remarquais qu’ils jetaient l’emballage par terre, malgré la présence de bennes à ordure de fortune disposées par le directeur dans la cour. Le gardien s’échinait ensuite à ramasser les détritus à la fin de la pause. Les enfants n’hésitaient pas non plus, au cours de leurs jeux, à piétiner les arbustes du jardin situé devant les classes, s’introduisant dans les parterres pour récupérer une balle ou pour tout simplement atteindre plus vite leur classe.
Au bout d’un mois, je demandais à quelques élèves volontaires de rester avec moi à la récréation. Je leur expliquais en quelques mots l’idée : ramasser les saletés de la cour de récréation.
Ceci provoqua l’étonnement général, à la vue d’un enseignant accroupi près du jardin à ramasser les détritus, au milieu de ses élèves. Certains, venus d’autres classes, vinrent nous voir et nous interroger. « Monsieur, qu’est-ce que tu fais ? Mais c’est le travail du gardien, ça ! » Après la récréation, une discussion animée débuta à propos du ramassage des ordures que moi et les volontaires avions effectué. Les élèves semblaient sidérés à l’idée de s’occuper de la propreté de l’école, du moment que l’on pouvait compter sur le gardien. Je leur posais une question : « Pourquoi nettoie-t-on notre maison ? » La réponse était évidente, et en amenait une série d’autres questions jusqu’à la dernière : « A qui appartient l’école ? » A l’Etat, au pays, mais surtout et avant tout à nous, enseignants et élèves. C’est pourquoi nous devons nous soucier de sa propreté, et de la protection du jardin et des arbres.
C’est ainsi que commença notre projet de classe sur la propreté de « notre » école. A chaque récréation, plusieurs groupes autonomes de trois élèves s’occupaient de ramasser les poubelles dans la cour et tout autour du jardin. Je chargeais un élève de déterminer la composition des groupes et de le reporter sur un cahier. Tout le monde était tenu de ne pas casser les branches des arbustes et de dénoncer celui ou celle qui contrevient à cette règle. A la fin de la récréation, il n’y avait plus désormais un seul morceau de détritus ou de branchages qui traînait. Le directeur me promit d’offrir des cahiers et des crayons aux élèves les plus actifs. La remise des cadeaux, à la fin de chaque semaine, se faisait dans une ambiance solonelle, qui récompensait l’amour-propre des enfants et les incitait à continuer leurs efforts.
Le résultat fut impressionnant : les élèves de toutes les classes proposèrent leur aide, tout le monde commença à utiliser les bennes à ordure, et ceux qui endommageaient les fleurs du jardin était immédiatement dénoncés.
Les élèves se souviendront certainement de cet épisode comme une aventure amusante. Cependant, j’espère leur avoir inculqué un tant soit peu le respect de l’environnement et le désir de s’engager dans une activité d’intérêt général : quelques graines qui, bien entretenues, sauront germer dans l’esprit des ces jeunes citoyens en herbe.