Lors du conseil des ministres du 14 Septembre, le Président de la République, Mr Ismaël Omar Guelleh, a présenté un projet de loi pour le moins intéressant: la création d’un organisme chargé de la gestion des archives nationales du pays appelé Conseil Supérieur des Archives (La Nation, n° 170 du mercredi 14 septembre 2010).

Cette institution publique, selon le projet de loi, sera rattachée directement à la Présidence,  et aura pour tâche de « définir la politique nationale dans ce domaine », et « les différentes catégories juridiques d’archives, notamment les archives publiques et les archives privées ».

Dans son discours de présentation du projet de loi, le Président a déclaré: « […] les archives nationales constituent un élément essentiel de l’affirmation de l’identité nationale, de la mémoire collective, de la culture nationale ».

L’Ethiopie voisine dispose déjà une législation sur les archives, qui définit les modalités de gestion des archives du gouvernement fédérale, des entreprises publiques et des administrations des villes d’Addis-Abéba et de Diré-Dawa.

Les archives du CDE-Addis Abéba

Sans polémiquer sur le fait qu’il existe des sujets hautement plus importants et plus urgents que la conservation des archives (comme par exemple la régulation des prix des prix des produits de première nécessité), il faut dire que depuis 33 ans qu’existe notre petite république, il était temps de se pencher sur le sujet.

Selon Wikipédia, « en sciences de l’information et des bibliothèques, le terme archives est parfois employé pour désigner des documents imprimés et publiés ou des œuvres audiovisuelles qui, bien que n’étant plus consultés que de manière exceptionnelle, sont conservés pour leur valeur historique ». Pour retracer l’histoire d’un pays, rien de mieux que des archives bien conservées. Pour l’instant, les archives de la RTD et de La Nation, par exemple, sont conservées dans leurs locaux même, et on ne peut pas dire que les conditions de stockage soient idéales.

Ceci dit, on peut se poser quelques questions sur ce projet de loi.

Premièrement, est-ce que les journaux publiés par l’opposition (ou ce qui en tient lieu à Djibouti) seront considérées comme des documents d’archives? Compte tenu de l’orientation politique très marqué du gouvernement en place, et des constants efforts de la majorité au pouvoir pour déconsidérer l’opposition aux yeux de la population et du reste du monde, on peut sérieusement en douter.

Ces documents qui pourtant reflète l’opinion d’une certaine partie de la population (pour ne pas dire la majorité) et qui présentent une alternative à l’image tronquée du pays que veut présenter le parti au pouvoir ont certainement peu de chances d’être considérés dignes d’être archivés. Restera la solution de constituer des archives privées. L’opposition saura-t-elle au moins mener à bien cette mission?

Deuxièmement, est-ce que les archives des ministères et des institutions publiques sensibles (Intérieur, Défense, Finances, Chambre des Comptes, etc…) seront archivées? Pourront-ils être consultables?  Le projet de loi prévoit aussi que le Conseil Supérieur des Archives, si jamais il voit le jour, devra spécifier les modalités et les délais de consultation des archives.

Au-delà de ces considérations, on peut craindre une tentative d’écrire l’histoire à l’avantage des gens au pouvoir, car qui pourrait contrôler les archives qui seront disponibles pour le public et les historiens et ceux qui seront destinés aux oubliettes? Le fait que cette institution serait rattachée à la Présidence de la République peut être un indice inquiétant.

Je me rappelle d’un passage de « 1984 », de Georges Orwell: « Qui contrôle le passé contrôle le futur. » C’est une vision inquiétante qui risque de se concrétiser à Djibouti. Qu’Allah fasse cependant que mes craintes soient infondées…