« BraveHeart », un contributeur du blog DjibCenter, vient de se fendre d’un article dans lequel il présente l’hypocrisie qui, selon lui,  loin d’être ce défaut congénital et honnie par toutes les sociétés, est au contraire une qualité, indispensable qui plus est,  pour évoluer dans la société Djiboutienne.

Selon le dictionnaire Larousse.fr, l’hypocrisie est définie comme suit: « Attitude consistant à dissimuler son caractère ou ses intentions véritables, à affecter des sentiments, des opinions, des vertus qu’on n’a pas, pour se présenter sous un jour favorable et inspirer confiance – Action, parole destinée à tromper sur les sentiments, les intentions véritables d’une personne ».

A Djibouti, il est vrai que l’hypocrisie est une pratique largement répandue. Les relations sociales sont faussées, et certains ont trouvé dans l’hypocrisie un moyen efficace pour se faire bien voir de leurs supérieurs hiérarchiques et ainsi, gagner une promotion. L’hypocrisie est tellement répandue que l’on ne la remarque, ou que l’on ne s’en offusque pas, quand par exemple, un jeune chômeur « casse du sucre » sur le dos d’un « chef » en espérant gagner sa dose de khat du jour: on se dit que le « pauvre » hère fait ce qu’il peut pour survivre…

Revenons à l’article. Intitulé « La plus grande illumination de l’homme: l’hypocrisie », il débute ainsi:

Parfois, je m’indigne de cette quête que nous avons tous, à cherch[er] la vérité, la franchise et la sincérité. Ces valeurs, qui nous sont très chers mais que très souvent, voir depuis toujours nous sont étrangers.

L’auteur, à mon grand étonnement, s’oblige d’abord à rabaisser des valeur telles que la vérité, la franchise et la sincérité afin de mieux commencer son argumentaire surréaliste en faveur de l’hypocrisie, qu’il qualifie plus loin « d »élément-clé » dans le mode de vie Djiboutien!!

Selon un de ses amis, le valeureux « BraveHeart », en voulant  seulement reporter un fait: l’hypocrisie est largement répandue dans notre société, s’est retrouvé avec un papier (qui dépasse de loin sa pensée) [et ] qui finit par faire l’apologie de cette tare…

Cependant, la suite de l’article démontre bien l’intention de l’auteur d’élever l’hypocrisie comme la solution ultime et nécessaire pour vivre en société. On lit, un peu plus loin:

L’homme étant de nature imparfait, la vérité met en lumière ses défauts, le mensonge quant à lui dissimule ses erreurs, mais la magie de l’hypocrisie constitue un pont entre le mensonge et la vérité.

Dans ce passage au lexique pseudo-scientifique, l’auteur exprime bien le point de vue d’une certaine frange de la population, loin de constituer une minorité, qui estime que l’hypocrisie est un mal nécessaire. Son argument-massue est le suivant: supposons qu’un subalterne, au travail, dise ses quatre vérités à son supérieur: les conséquences pour lui seraient graves; et dans toute situation analogique (mari/épouse, enfants/parents, etc.), « le conflit serait perpétuel ».

Mais ce qu’il semble omettre, c’est que l’hypocrisie n’a jamais permis d’établir des relations basées sur la confiance et l’estime mutuelle; au contraire, elle suppose que les partenaires, les collègues et les membres d’une même famille nourrissent forcément des sentiments négatifs les uns pour les autres, ce qui dans ce cas permet de présenter l’hypocrisie comme la solution (« tout le monde se hait, se méprise: donc la solution pour avoir la paix, c’est de ne pas exprimer mes sentiments, et même de paraître nourrir des sentiments contraires »).

Supposons maintenant une situation un peu différente: votre patron (faisant fi des « conseils » de l’auteur) ne vous paie pas. Qu’allez-vous faire? Vous taire, ou plutôt allez-vous protester?

Une autre situation: un pays est gouverné par un dictateur, et emprisonne les membres de votre famille. Qu’allez-vous faire? C’est sûr que si on applique les préceptes de l’auteur, il vaut mieux se taire (et même féliciter le dictateur). De toute façon, vous faisiez semblant d’aimer votre famille, maha?