Les discussions dans les bus et mini-bus peuvent parfois prendre une tournure intéressante. D’une certaine manière, on peut les considérer comme une sorte de baromètre de l’état d’esprit de la population.

Un jour, je n’ai pu m’empêcher de réagir aux propos d’une discourait sur le destin. Son idée était simple: telle jeune personne, après des études à l’étranger et sans expérience a été nommée à un poste important? C’est la volonté d’Allah! Nous ne devions pas nous occuper si cette nomination était dûe au fait que cette personne était née d’une tribu influente: ce serait de la jalousie.

Ces remarques m’avaient tellement hérissées que je me retourais et lui lançait: « Est-ce la volonté d’Allah si cette personne occupe une place qui aurait dû revenir à quelqu’un de plus expérimentée? » Estomaquée, la dame me regarda avec des yeux ronds, puis fit des remarques sur cette jeunesse irrespectueuse et impulsive, ignorante de certaines réalités. J’insistais, et lui demandais si elle pensait que c’était la volonté d’Allah si des personnalités politiques détournent des fonds publics, ou nomment des proches à des postes bien rémunérés.

Après ma tirade, un homme assis à côté de moi me tira discrètement la chemise, et me glissa à l’oreille: « Les gens ne sont pas prêts à entendre ce genre de discours. Ne gaspille pas ta salive. » Me voyant étonné, il s’espliqua: la population, pour la majorité analphabète et très croyante, avait besoin de s’accrocher à certaines idées préconçues et s’était habituée à prendre des raccourcis de raisonnement, afin de ne pas « péter les plombs » et continuer à survivre  dans ce chaudron du diable. Ils avaient besoin de croire que la volonté d’allah expliquait la précarité de leur existence et la gabegie de nos  responsables politiques. Ce qui permettait à chacun de courber le dos en se disant: « Que peut-on y faire? C’est la volonté d’Allah! »

Ce fatalisme permet aussi de vivre sans trop se poser de questions, tout en affirmant  du même coup sa piété. Essayer de chercher une source « humaine » à nos maux revient donc à affirmer qu’on ne croit pas au destin, qu’on est un « gaala yar-yar » (un mécréant).

Cette fausse compréhension du destin laisse peu de place à la liberté de choisir (telle ou telle voie) qu’Allah nous a aussi attribué. L’homme peut faire des choix dans sa vie, et devra rendre compte de ses actions, bonnes ou mauvaises, devant son Créateur, et, dans le cas d’un reponsable (d’une famille, d’une entreprise, d’un Etat), devant la société des hommes.

Tout le monde a le choix et devra assumer les conséquences de ses décisions. Le tout est de savoir si l’on est prêt à refuser de céder à la facilité, par faiblesse morale…