Séance de khât infernale

Voici une histoire édifiante que m’a raconté un ami, et qui révèle de façon crue les turpitudes et les pièges qui guettent une jeunesse Djiboutienne en manque de repères.

Un de mes voisins, un jeune de la même génération que moi, m’invita pour une séance de khât. Ayant appris par des amis communs que je ne dédaignais brouter de temps à autre, il vint me voir un jour et me dit: « Omar, aujourd’hui c’est moi qui t’invite. Nous sommes voisins depuis longtemps et nous n’avons pas eu l’occasion de mieux nous connaître. Je t’offre le khât. »

Formulée ainsi, j’acceptais donc son invitation et nous partîmes ensemble vers 14h. Arrivés à la place Mahamoud Harbi, avec nos bottes de khât soigneusement enveloppées dans des serviettes humides, il me dit qu’il avait loué une chambre à l’hôtel Ali-Sabieh pour l’occasion. Soudain pris d’angoisse, je me demandais si ce n’était pas un homosexuel mais je balayais mes inquiétudes. Après tout, je saurais bien me défendre le cas échéant.

De jeunes filles, très légèrement vêtues d’un unique boubou qui cachaient à peine leur nudité, s’affairaient à notre arrivée à préparer la chambre pour une séance de khât digne de ce nom. A ma grande surprise, elles s’assirent à côté de nous. Devant elles étaient placés des serviettes de khât bien garnies. Je ne pipais mot, mû par une sorte de pitoyable crainte du ridicule. Bientôt, la chambre se remplit de filles et de garçons. La plus jeune des filles présentes n’avait très visiblement pas atteint la majorité, ce qui ne l’empêchait d’ailleurs pas de s’attaquer allègrement à la volumineuse serviette de khât disposée devant elle. Quant aux hommes, ils semblaient être de jeunes fonctionnaires qui gagnaient confortablement leur vie, et qui pouvaient se permettre d’entretenir cette myriade de donzelles amatrices de l’herbe magique. Chaque jeune homme avait assise à côté de lui une jeune fille. Mon ami fit comprendre à demi-mot à ma « compagne » de broutage que c’était moi qui lui avait offerte les bottes de khât.

Je commençais à me sentir mal à l’aise. La situation était inédite pour moi, contrairement à mon hôte qui semblait dans son élément, discutant tout bas avec la jeune fille assise à côté de lui, qui tâchait de pouffer le plus agréablement possible à chacune de ses mots. Tout le monde discutait ainsi, les filles légèrement penchées de côté et souriant, de l’air de quelqu’un qui suit une conversation amusante. Ma « compagne » s’efforçait elle aussi de prouver sa « reconnaissance » envers moi en engageant la conversation. Habillée d’un boubou bleu plus que transparent, elle ne semblait pas le moins du monde d’exposer ses seins et son entrejambe aux regards concupiscents des hommes, à l’instar de ses copines. Âgée de 22 ans, elle était étudiante à l’Université de Djibouti. Réticente à l’idée de parler de sa vie, elle me confia tout de même qu’elle aimait passer son temps libre entre les séances de khât (« généreusement » offerts par de jeunes garçons qui aimaient s’offrir la compagnie de jolies demoiselles) et les soirées endiablées des night clubs, où la population masculine, composée essentiellement d’occidentaux, était encore plus généreuse et très désireuse de « s’offrir » une « naya » (terme somali utilisé par les militaires français pour désigner une femme).

A 18h, elle avait entièrement terminée sa provision de khât, alors que je n’en étais même pas à la moitié!! Eberlué, je la vis se fabriquer adroitement un petit cure-dent avec une grosse branche et se mettre à se curer les dents. Mon ami, remarquant son manège, ne se le fit pas dire deux fois: il envoya chercher du « renfort » pour la demoiselle. J’étais de plus en plus inquiet de la tournure que prenaient les évènements et songeait sérieusement à m’en aller, au mépris de toute politesse. Mais je n’étais pas au bout de mes peines.

En attendant son khât, la jeune fille se tourna encore une fois vers moi. Très tranquillement, elle enleva son boubou et s’assit sur les oreillers qui nous séparaient, sans que personne (à part moi bien sûr), ne sembla remarquer quoi que ce soit. Elle me dit:  « Qu’est-ce que tu préfères: par devant ou par derrière? » Mon cerveau eut tout d’abord du mal à comprendre la proposition qu’elle venait de me faire: avoir un rapport sexuel au milieu de tout le monde. Puis, sous le choc, je ne répondis pas. Elle continua, débitant une série de mots qui avaient l’air de sortir tout droit du Restaurant du Sexe (en fait, c’était les noms de différentes positions sexuelles, qui m’étaient inconnues pour la plupart). Avec l’expression légèrement ennuyée de quelqu’un qui a visiblement affaire à un abruti, elle attendit que je fasse ma commande, remplissant sa partie de ce contrat tacite et que chacun était censé connaître: du khât contre du sexe.

Je me levais brusquement, emportait ma serviette de khât et me dirigais précipitamment vers la porte, avec un goût amer dans la bouche. Je venais de voir l’enfer sur terre.

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La construction d’une base militaire japonaise confirmée

Selon PanOrient News, un site web d’informations japonais, la construction d’une très grande base militaire japonaise à Djibouti est confirmée. Le gouvernement japonais compte utiliser cette base dans sa lutte cont re la piraterie dans cette zone.

En juin 2009, le Japon avait déployé à Djibouti dans le cadre de cette lutte 150 hommes et trois avions qui s’étaient installés dans le Camp Lemonier, appartenant à l’armée américaine, de manière provisoire.

Les chantiers ont commencés en Juillet et devraient se terminer, toujours selon la même source, en Mars 2011. Le futur camp militaire japonais disposerait notamment, sur une surface de 12 hectares au nord-ouest de l’aéroport d’Ambouli, d’un aérodrome pouvant accueillir 3 gros avions. Le budget alloué s’élève à 4,7 milliards de yen (un peu plus de 56 milliards de dollars!!).

Liens vers des articles sur le même sujet:

Japan Constructs Large Military Base in Djibouti

> Marine japonaise à Djibouti

Les voeux de l’Aid du Président

 

Le président de la République, Mr Ismaël Omar Guelleh

Le président de la République, Mr Ismaël Omar Guelleh

 

Le président de la République de Djibouti, Mr Ismaël Omar Guelleh, a prononcé ses voeux de l’Aïd-el-Adha pour cette année devant un parterre de personnalités triés sur le volet dans sa demeure de Haramouss. Dans son discours, diffusé en direct par la RTD, le président de la République a souhaité une excellente fête de l’Aïd à la population Djiboutienne, et en a profité pour évoquer  situation socio-économique et politique du pays.

Mr Ismaël Omar Guelleh a ainsi annoncé que, pour cette année, la croissance économique de Djibouti a atteint 5%. Il a également annoncé qu’un forum se tiendra à la fin de ce mois et abordera le problème du chômage des jeunes diplômés. Selon l’Unicef, le taux de chômage à Djibouti s’élève à 59,5% de la population active. Il a également déclaré que les récoltes des champs achetés par Djibouti en Ethiopie ont été bonnes, ce qui contribuera, selon le président, à « stabiliser les prix et à protéger les groupes vulnérables ». Depuis ces quatre dernières années, l’arrière-pays a souffert de faibles précipitations qui ont amenées une sécheresse endémique. La population rurale souffre de famine et de malnutrition chronique. Selon l’ONU, qui a lancé un appel pour lever des fonds s’élevant à 39 millions de dollars, la population touchée est estimée à 120 000 personnes (sur une population totale d’environ 800 000 personnes) dont 25% d’enfants présentant des symptômes de malnutrition aiguë.

Le président a également profité des voeux de l’Aïd-el-Adha pour égratigner l’opposition. Il a rappelé, non sans ironie, que les élections ne se tiendront que dans quatre mois, faisant certainement allusion à l’agitation qui règne dans les rangs de l’opposition. L’UAD (Union pour l’Alternance Démocratique, qui regroupe les partis d’opposition) tient aujourd’hui même un meeting à son siège en face de l’UNFD (Union Nationale des Femmes Djiboutiennes). Par ailleurs, le 20 Novembre est prévu à Londres une réunion de l’opposition de la diaspora Djiboutienne organisé par l’UAD. L’invité de marque de cette réunion est le magnat (et ex-ami du président) Abdourahman Charles Borreh, qui se présente désormais comme un opposant politique, et probable candidat à la présidentielle d’avril 2011.

On retient aussi du discours du président cette phrase mémorable: « Le pays n’appartient pas à une seule tribu! ». A suivre…

Accident au rond-point d’Ambouli

Aujourd’hui entre 9 heures et 10 heures du matin a eu lieu un accident pas comme les autres au rond-point d’Ambouli. Le moteur d’une voiture a explosé et a momentanément perturbé la circulation.
Apparemment, aucune victime n’est recensée car seule la voiture des pompiers était visible.

Sauvons notre jeunesse!

Voici le témoignage accablant d’une jeune Djiboutienne, qui sonne à la fois comme un appel au secours et comme une plaidoierie contre l’indifférence de la société toute entière face à la perdition de la jeunesse. Société qui se contente de les fustiger: « Ils ne savent même pas parler correctement leur langue maternelle! » ou bien: « Les jeunes d’aujourd’hui sont perdus. » Malheureusement, le problème est plus profond que cela. TOUS ENSEMBLE, LEVONS-NOUS ET SAUVONS NOTRE JEUNESSE ET L’AVENIR DE CE PAYS!!

« Je suis une Djiboutienne. Une de ces jeunes Djiboutiennes qui sont tombées dans les mailles cruelles des filets des boîtes de nuit. Aujourd’hui dans les boîtes de nuit, plus d’étrangères, c’est la djiboutienne, la jeunesse djiboutienne qui est exploitée, violée et abusée. Oui, aujourd’hui ces restaurants diaboliques font de la jeunesse djiboutienne féminine un grand marché très juteux. C’est le développement pur et simple du proxénétisme. C’est la chair djiboutienne et son innocence qui sont monnayées très chèrement.
Les bars servent aujourd’hui de lieux de rencontres, d’échanges et de trafiques de la jeunesse djiboutienne. Chaque jour, chaque nuit la jeunesse djiboutienne est impitoyablement meurtrie. Dans chaque bar on applique la même politique, vendre au plus cher la chair de la jeunesse djiboutienne sans ce soucier de la loi. Pour se faire, en premier étage de chaque bar ou à côté de celui-ci, la ou le proxénète loue des chambres. En premier lieu pour attirer cette jeunesse innocente, on affiche des bas prix, en appât on leur permet d’organiser des soirées, et après on sympathise pour qu’ils reviennent. Et ils reviennent. Reviennent et ne repartent plus pour mourir lentement, très lentement dans le silence. La solitude. Et le désespoir. C’est comme ça que je suis devenue ce que je suis. J’étais une lycéenne. En classe de première, j’ai mis les pieds pour la première fois dans une boîte de nuit lors d’une soirée dansante inter amis. Naïve comme toutes les autres, je me suis faite prendre par la patronne proxénète. Elle était gentille. Très gentille. Elle a vite conquis ma confiance. Elle se présentait à moi en mère, en sœur, en amie. J’étais conquise. Je ne payais plus rien. C’était presque chez moi. Elle me présentait à tout le monde. J’étais sa fierté. Elle me promettait tout. Au prochain été, j’allais même partir en voyage en France, le pays de mes rêves. Et ce, par le biais de ses amis blancs, devenus mes amis moi aussi.

Conclusion :
Plus que jamais, je suis seule. Seule. Se suicider. J’ai essayé. Mais Dieu ne l’a pas voulu. Aujourd’hui, seule ma grande mère maternelle nous a acceptée mon bébé et moi. Elle m’héberge comme sa fille. Et mon bébé bien qu’il ait les yeux bleus et les cheveux blonds, il restera son petit-fils. Je parlais de ça par réaction. Alors de grâce réagissez ! Au nom de toute cette génération détruite sur les rives de la Rue d’Ethiopie. Réagissez ! L’Histoire ne nous le pardonnera point.» Saada pseudonyme.

« Ce sujet n´a pas l´air de déranger grand monde aussi bien dans la diaspora
qu´à Djibouti. Que le premier employeur de jeunes djiboutiennes (car il n´y a
presque plus d´éthiopiennes today, raflées en 2003 pour la plupart) soit le
milieu de la prostitution apparaît comme une normalité effrayante.
Bordel militaire de campagne (BMC) comme disent les bidasses ou Saigon ville
pour les journalistes (voir le dernier article en ligne sur Djibnet), je trouve que
cela nous enlève encore plus de notre fierté et de notre amour-propre.
Combien de djiboutien (nes) ont dû ravaler leur honte quand, en déclinant leur
nationalité, ils se sont vu répondre par un français enthousiaste:
– Hé, mais je connais Djibouti ! J´ai fait l´armée là-bas, putain vos filles sont
terribles franchement !
Ou bien sur un ton de connaisseur:
– Hé, tu connais l´ »Hermès » ? C´est là-bas qu´il y a les meilleurs « nayas » …
Je sais bien qu´on n´y peux rien nous , mais voir à quel point nous acceptons
cela comme normal en dit long sur nous-même…(et on aime se définir comme
des somalis fiers , la bonne blague !) » Un Djiboutien de l’étranger.

Dans un rapport rédigé par des Américains installés à Djibouti, on pouvait y lire : « In Djibouti, the prostitution is a big business ». Ils qualifient cyniquement nos filles de « dociles, propres et pas cher ».
Actuellement, 26 armées étrangères sont stationnées à Djibouti ; on peut citer entre autre : les Français, les Américains, les Allemands, les Hollandais, les Italiens, les Espagnoles, les Japonais…Et leur présence génère des milliards de francs Djibouti par an, et pourtant la population djiboutienne est parmi les plus pauvres au monde. Tous ces soldats veulent se détendre et apaiser leur besoin naturel ; ils possèdent surtout beaucoup, beaucoup d’argent. Officiellement, ces armées luttent contre ce que l’on appelle le terrorisme international et la piraterie dans l’océan Indien et la Mer Rouge, deux voies maritimes cruciales pour le commerce mondial. Au passage, ils broient les jeunes Djiboutiennes.
Mais pourquoi les parents sont-ils froids face à ce danger qui extermine leurs enfants ? Comment interpréter ce silence ahurissant et coupable des religieux face à la perversité et à l’immoralité des Djiboutiens ? Quelles explications donner à cette indifférence et à cette passivité des intellectuels Djiboutiens face à la détresse de jeunes Djiboutiennes ? Que dire de cette irresponsabilité des dirigeants du pays face aux complots criminels des spéculateurs du sexe et autres proxénètes ? Car Djibouti n’a rien à envier à Las Vegas qui détient le triste record de capitale mondiale de l’industrie du sexe et son cortège d’argent sale.
Tous les Djiboutiens devraient être condamnés pour « non assistance à jeunesse en danger.»

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Observation électorale: l’ARD riposte

Une polémique est en train de s’installer autour de la « table ronde » sur l’observation électorale qui s’est tenue le 1er Novembre dernier. Organisée par « Democracy International », une ONG américaine et l’USAID, elle avait réuni, selon La Voix de Djibouti, des représentants de la « coalition » au pouvoir (RPP, FRUD, PSD, UPR et PND) et les différents partis de l’opposition regroupés sous la bannière UAD (Union pour l’Alternance Démocratique): ARD et UDJ.

Cette rencontre, relative à l’observation électorale et au soutien susceptible d’être apporté au bon déroulement du processus électoral a été massivement relayée par les médias gouvernementaux. La Voix de Djibouti soulignait dans son article (repris dans mon blog ici) l’absence de cohérence au fait de participer à une réunion portant sur un aspect du processus électoral alors que dans son ensemble, il « pose problème ».  L’opposition, au dire de « la radio libre », aurait encore une fois joué le jeu du parti au pouvoir pour lequel cette réunion « constitue une incontestable opération de communication ».

L’ARD (Alliance Républicaine pour le Développement), quant à lui, riposte dans le dernier numéro (Novembre 2010) de « Réalité », le bulletin du parti, en publiant une « mise au point ». D’après ce qu’on peut lire, la médiatisation faite autour de cet évènement par la RTD et La Nation est ‘une stratégie de récupération de l’UMP, qui fait partie « d’une propagande savamment orchestrée par le pouvoir » en place afin de faire croire « à l’opinion publique que les Etats-Unis légitiment un troisième mandat présidentiel d’une part, et que l’UAD [l’opposition dans son ensemble, NdlA] participera aux prochaines échéances électorales  d’autre part ». Parmi les membres de l’UMP, les rédacteurs de « Réalité » rapportent la présence d’un « haut gradé de la police politique sévissant dans le nord et officiellement haut fonctionnaire au ministère de l’intérieur qui s’est imposé sans y être invité ».

Cette stratégie n’est clairement pas cautionnée par l’ARD, qui la considère comme « déloyal(e), discourtois et irresponsable » et ce, » envers l’opposition légale ». Ceci dit, la remarque soulevée dans l’article de La Voix de Djibouti ne perd de sa pertinence car, encore une fois, l’opposition a fait le jeu du parti au pouvoir, qui a profité de cette occasion pour donner l’impression que le processus démocratique fonctionnait correctement puisque les partis de l’opposition ont participé à cette réunion sur l’observation des élections sans protester par ailleurs sur les mesures à prendre pour assainir le processus en question.

Lire les articles correspondants:

1/ Opposition: à quoi bon se prêter à une opération de communication du régime sur une improbable observation électorale?

2/Mise au point de la rédaction en ligne de « Réalité »Déloyal, discourtois et irresponsable ! – « Réalité », Novembre 2010

Opposition: à quoi bon se prêter à une opération de communication du régime sur une improbable observation électorale?

Source:  La Voix de Djibouti – 04 Novembre 2010 – http://www.lavoixdedjibouti.com
Sur financement de l’USAID, s’est tenu le 1er novembre 2010 à Djibouti-ville ce que le régime et une ONG américaine du nom de Democracy International ont appelé une table ronde sur l’observation électorale. Cette rencontre a regroupé des représentants du Rassemblement populaire pour le progrès (RPP) au pouvoir et de ses satellites que sont le Parti social démocrate (PSD) de feu Moumin Bahdon Farah et Ahmed Boulaleh Barreh, le FRUD parti d’Ougoureh Kifleh Ahmed et d’Ali Mohamed Daoud dit Jean-Marie et l’Union des partisans de la réforme (UPR) d’Ibrahim Chehem Daoud, ainsi que du Parti national démocratique (PND) d’Aden Robleh Awaleh, candidat à la présidentielle d’avril 2011 qui affirme avoir rompu avec le régime tout en refusant de réintégrer l’Opposition, du PDD de Mohamed Daoud Chehem, oncle paternel du chef d’UPR et candidat à la présidentielle de 2011, mais aussi des personnalités représentant les partis d’opposition ARD et UDJ, tous deux membres avec le MRD de l’Union pour l’alternance démocratique (UAD). Le MRD, pour sa part, n’a pas souhaité y prendre part.

Or, si cette rencontre constitue pour le régime une incontestable opération de communication destinée à détourner l’attention du problème électoral de fond, elle soulève en revanche la question de la pertinence de la participation des partis d’opposition. A quoi, en effet, bon prendre part à un séminaire à visée communicationnelle sur une improbable observation électorale lorsque l’on sait que l’ensemble du processus électoral pose problème à Djibouti ? Quand, comme sous nos cieux, la règle du jeu électoral est à ce point truquée, l’observation électorale ne peut garantir des élections libres et transparentes, même si, et c’est loin d’être acquis à la lumière du passé et du présent, elle est acceptée par un pouvoir à la fois juge et partie et qu’elle se déploie à une échelle suffisante. Tout au plus peut-elle relever des manquements et pousser le fraudeur à un peu plus de discrétion. Or, les manquements sont connus depuis des années à Djibouti où, depuis la confection des listes électorales jusqu’à la proclamation des résultats, en passant par l’organisation humaine et matérielle des scrutins, le dispositif électoral est conçu pour la fraude en faveur du régime. De sorte qu’il y a à corriger les manquements, non à les constater, à faire, non à dire. D’où la prescription par l’accord FRUD armé-Gouvernement du 12 mai 2001 d’une Commission électorale nationale indépendante chargée de la rectification et de la gestion de l’ensemble de ce processus, au même titre que d’autres réformes essentielles. D’où la revendication inlassable de cette Commission et de ces réformes par l’UAD.

Dès lors, pour un parti d’opposition réellement attaché à la mise en place d’un système électoral libre et transparent, la présence à une telle table ronde, médiatisée abondamment et à dessein de surcroît, revient à se prêter à un petit jeu qui ne sert pas le règlement du problème de fond. Et sa crédibilité n’y gagne point.

Au total, comme l’a souligné à sa manière le président de la Ligue djiboutienne des droits humains (LDDH), Jean-Paul Noël Abdi, dans son tableau de bord du 26 octobre 2010, s’il est bien dommage que l’USAID gaspille l’argent du contribuable américain, qui est si attaché à la démocratie, pour l’accompagnement d’une énième mascarade électorale annoncée à Djibouti, il est tout aussi dommage que des responsables de parti d’opposition succombent à la communication autour d’un tel projet anti-démocratique.

 

Quelles alternatives pour 2011?

En avril 2011 se tiendront les élections présidentielles les plus cruciales de l’histoire de Djibouti, en ce sens qu’elles vont pratiquement établir l’état de santé de notre démocratie.

En 1999, Ismaël Omar Guelleh a succédé à Hassan Gouled Aptidon à la tête du RPP. Le 9 avril de la même année, les résultats des éléctions présidentielles ont confirmées l’hégémonie du parti au pouvoir depuis l’indépendance: Ismaël Omar Guelleh devient le deuxième président de la République de Djibouti. En 2005, il n’eut pas trop de mal à se faire réélire pour un deuxième mandat.

Si feu Hassan Gouled Aptidon était considéré comme le « Père de la Nation », le bilan d’Ismaël Omar Guelleh est plus contrasté. Durant sa présidence furent lancés des chantiers importants et nécessaires: création du Port de Doraleh, décentralisation, réformes des systèmes judiciaires et éducatifs, pour ne citer qu’eux. La question de savoir si ces chantiers ont été menés à bien n’est pas le sujet de cet article. Ce qui est un fait, c’est que la diplomatie Djiboutienne bénéficie d’une bonne image, surtout en ce moment où le conflit avec l’Erythrée nous permet d’avoir la sympathie du reste du monde.

Dès le début de ce second mandat, la population nourrit l’espoir d’avoir pour la première fois dans notre courte histoire un président à la mesure des figures emblématiques du continent africain, à l’instar d’ATT et autres leaders. Les spéculations allaient bon train au sujet des intentions du  président: allait-il entrer dans l’histoire en se retirant du pouvoir au bout de deux mandats? Ou bien allait-il sacrifier à la tradition africaine qui veut que quiconque accède au pouvoir s’y accroche par tous les moyens?

Cet espoir fut définitivement enterré au moment où l’Assemblée Nationale vota une modification de la Constitution permettant au président de se représenter pour un troisième mandat, en avril 2011.

Ceci dit, au delà de ce changement de Constitution, ce qui semble crever les yeux c’est l’assurance et la confiance absolue du parti au pouvoir quant à l’issue des élections: c’était acquis d’avance, ils sont sûrs de gagner. Cette opinion est largement partagée par la population. Qu’est-ce qui explique que l’on soit si sûrs qu’Ismaël gagnera les prochaines élections présidentielles? Suffit-il au RPP de modifier la Constitution pour s’assurer une victoire aux élections? Car, s’il est possible au futur candidat Ismaël Omar Guelleh de se présenter aux élections, encore faut-il la gagner!!

La première explication, la plus évidente, c’est que le parti au pouvoir dispose de l’appareil d’Etat et de ses ressources. Voici un extrait d’article publié par « Le Populaire », un journal de l’opposition, le jeudi 10 avril 1997, qui illustre à quel point l’administration et les forces armées sont politisés et inféodés à l’ex-parti unique:

« La neutralité de l’Administration est plus que contestable. Elle est l’objet d’une politisation croissante à la botte du parti au pouvoir. Ce qui prouve dans un certain sens sa perte d’efficacité. A tous les rouages et des directions décisives sont placés des « cadres » très souvent choisis sur des critères claniques et exerçant par ailleurs dans une administration centrale, objet d’une effroyable purge. L’assujettissement de l’Administration vient d’atteindre son paroxysme lors du congrès du RPP où de hauts fonctionnaires sont nommés au sein du Comité Central [nda: du RPP]. C’est le cas du gouverneur de la Banque Nationale, du Secrétaire Général à l’Information, du Secrétaire Général du ministère du commerce, du directeur de l’Imprimerie nationale, des conseillers techniques des cabinets ministériels, du directeur du Palais du Peuple…pour ne citer qu’eux. Ce qui est totalement une entorse juridique à la Constitution et l’obligation de réserve s’appliquant à tout fonctionnaire. A l’instar de l’Administration, l’Armée et la FNP ne sont pas épargnées par le poids politique du RPP qui a ainsi transformé les hommes en uniforme en […] partisans politiques. Alors qu’ils doivent en principe demeurer à l’écart de la politique. Il est certain que nous sommes face à un processus de verrouillage des institutions, qui pèsera énormément sur les prochaines élections […] dont toute transparence est d’avance exclue. »

L’auteur de cet article ajoute: « Mais nous n’en sommes pas là, et il appartient à l’opposition de faire preuve de vigilance […] ».

A 14 ans d’intervalle, il semble bien que la problématique soit toujours la même. S’il est évident que le parti au pouvoir n’a pas renoncé aux méthodes « gagnantes » qui lui ont assurées des victoires aux élections, il incombe à l’opposition de dénoncer les dysfonctionnements du jeu démocratique et de proposer une alternative. Et c’est justement cette absence d’alternatives crédibles de la part de l’opposition qui fait défaut, et qui explique ce sentiment d’assister bientôt à des élections jouées d’avance.

Par ailleurs, dans les discussions au sujet des élections, la phrase qui revient souvent, exprimée plus ou moins différemment est : « A part lui, qui d’autre pourrait occuper ce poste? » L’idée selon laquelle il n’existe personne d’autre qui a l’envergure et la capacité d’occuper ce poste (et ce, autant dans l’opposition qu’au sein du RPP) est largement répandue au sein de la population. Cette idée sous-tend des considérations ethniques, qui écarte ceux et celles qui ne sont pas né(e)s de « la bonne tribu ».

Pour revenir à l’opposition, elle est dans un état lamentable. Déchirée par des querelles intestines, divisée, ses meilleurs éléments (FRUD, PND) ont été phagocytés et intégrées au sein de l’Union pour la Majorité Présidentielle (UMP), la nouvelle coalition de partis politiques avec le RPP comme parti principal. Aden Robleh Awaleh, président du PND (Parti National pour la Démocratie) s’est déclaré séduit par la rhétorique du président qui reprend certains de ses thèmes qui lui tiennent à coeur, comme la décentralisation notamment.

Ce qui reste de l’opposition souffre d’une image exécrable auprès de la population dont elle a du mal à se dépêtrer et qui lui colle à la peau depuis les élections présidentielles et législatives qui se sont tenues en 2005. En gaspillant la maigre plage horaire qui leur était allouée sur les ondes de la RTD (Radio Télévision de Djibouti) à insulter la personne du président, et en estimant que c’était à leur tour d’occuper le pouvoir au nom du principe de l’alternance, ils ont réussi non seulement à donner d’eux une image de gens plus préoccupés par la prise du pouvoir que par les attentes du peuple, mais ils ont aussi fait le jeu du président sortant qui a eu ainsi l’occasion de se présenter en homme posé et consensuel.

La nécessité pour l’opposition de présenter un front uni était ressentie aussi en 1993, et s’exprime dans un article publié par « Le Renouveau », le journal du PRD (Parti du Renouveau Démocratique, dirigé par feu Mohamed Djama Elabé). Voici un extrait de cet article, intitulé « Vivement l’union de l’opposition! » (Gadid, Le Renouveau n°54 du Jeudi 7 Octoble 1993):

« L’opposition a trop souffert de ses divisions, de ses [in]curies et de ses règles dues en grande partie à des différences d’approche quant à la démocratisation de notre pays. […]  S’il est tout à fait concevable que les leaders de l’opposition aient des vues différentes sur la façon de sortir de la crise [nda: la guerre civile], il n’en demeure pas moins vrai qu’ils partagent la même inquiétude devant l’aventurisme obstiné de Gouled […]. »

Les « leaders » de l’opposition , à un peu plus d’un an de l’échéance, ont visiblement du mal à faire sortir de leurs rangs un éventuel candidat, capable d’incarner les aspirations du peuples et de se positionner comme un sérieux adversaire. Pour l’instant, elle est incapable d’éveiller un quelconque intérêt de la part de la population, qui s’estime avoir été trop souvent déçus. Le désintérêt général pour la politique à Djibouti, assimilée depuis longtemps à la magouille et la démagogie s’est renforcé avec le retournement de veste d’Ismaël Guédi Hared, ex-chef du cabinet de Hassan Gouled Aptidon et 1er vice-président du RPP. En un temps, il fut considéré comme le probable futur président de la République, avant de se faire évincer par Ismaël Guédi Hared. Aujourd’hui, il se présente comme un fervent opposant au régime.

Plus récemment, on peut rapprocher son cas de celui de Mahamoud Boreh, président du groupe Borreh et ami proche mais temporaire d’Ismaël Omar Guelleh. Après s’être brouillé avec ce dernier (et vu ses biens vendus aux enchères), il se réfugie à l’étranger et déclare qu’il est candidat aux présidentielles de 2011. L’opposition installée à l’étranger l’accueille à bras ouverts, et le considère comme une figure importante et incontournable, ce qui donne une idée du chaos qui règne dans ses rangs.

Finalement, la principale inconnue pour le président sortant, c’est le taux de participation, qui va déterminer sa légitimité non pas aux yeux de la population, mais à ceux des « partenaires » et bailleurs de fonds qui maintiennent le pays en état de marche par intraveineuse. Le désamour envers l’opposition ne profite pas au RPP.

ONU/Djibouti: appel de fonds pour les victimes de la sécheresse

Le site web de la Radio des Nations Unies rapporte que l’ONU, conjointement avec Djibouti, lance un appel de fonds en faveur des victimes de la sécheresse, qui s’élèvent à 120 000 personnes. Entre les précipitations qui ont été faibles ces quatre dernières années  et  la hausse des prix des produits alimentaires, la malnutrition a touchée, selon la même source, 25 000 enfants dans la zone rurale. L’appel de fonds se monte à 39 Millions de dollars US.

>>Lire l’article sur le site de la Radio des Nations Unies.

>> Lire aussi: Inondations et sécheresse: Le Bénin et Djibouti ont besoin d’aide