Source:  La Voix de Djibouti – 04 Novembre 2010 – http://www.lavoixdedjibouti.com
Sur financement de l’USAID, s’est tenu le 1er novembre 2010 à Djibouti-ville ce que le régime et une ONG américaine du nom de Democracy International ont appelé une table ronde sur l’observation électorale. Cette rencontre a regroupé des représentants du Rassemblement populaire pour le progrès (RPP) au pouvoir et de ses satellites que sont le Parti social démocrate (PSD) de feu Moumin Bahdon Farah et Ahmed Boulaleh Barreh, le FRUD parti d’Ougoureh Kifleh Ahmed et d’Ali Mohamed Daoud dit Jean-Marie et l’Union des partisans de la réforme (UPR) d’Ibrahim Chehem Daoud, ainsi que du Parti national démocratique (PND) d’Aden Robleh Awaleh, candidat à la présidentielle d’avril 2011 qui affirme avoir rompu avec le régime tout en refusant de réintégrer l’Opposition, du PDD de Mohamed Daoud Chehem, oncle paternel du chef d’UPR et candidat à la présidentielle de 2011, mais aussi des personnalités représentant les partis d’opposition ARD et UDJ, tous deux membres avec le MRD de l’Union pour l’alternance démocratique (UAD). Le MRD, pour sa part, n’a pas souhaité y prendre part.

Or, si cette rencontre constitue pour le régime une incontestable opération de communication destinée à détourner l’attention du problème électoral de fond, elle soulève en revanche la question de la pertinence de la participation des partis d’opposition. A quoi, en effet, bon prendre part à un séminaire à visée communicationnelle sur une improbable observation électorale lorsque l’on sait que l’ensemble du processus électoral pose problème à Djibouti ? Quand, comme sous nos cieux, la règle du jeu électoral est à ce point truquée, l’observation électorale ne peut garantir des élections libres et transparentes, même si, et c’est loin d’être acquis à la lumière du passé et du présent, elle est acceptée par un pouvoir à la fois juge et partie et qu’elle se déploie à une échelle suffisante. Tout au plus peut-elle relever des manquements et pousser le fraudeur à un peu plus de discrétion. Or, les manquements sont connus depuis des années à Djibouti où, depuis la confection des listes électorales jusqu’à la proclamation des résultats, en passant par l’organisation humaine et matérielle des scrutins, le dispositif électoral est conçu pour la fraude en faveur du régime. De sorte qu’il y a à corriger les manquements, non à les constater, à faire, non à dire. D’où la prescription par l’accord FRUD armé-Gouvernement du 12 mai 2001 d’une Commission électorale nationale indépendante chargée de la rectification et de la gestion de l’ensemble de ce processus, au même titre que d’autres réformes essentielles. D’où la revendication inlassable de cette Commission et de ces réformes par l’UAD.

Dès lors, pour un parti d’opposition réellement attaché à la mise en place d’un système électoral libre et transparent, la présence à une telle table ronde, médiatisée abondamment et à dessein de surcroît, revient à se prêter à un petit jeu qui ne sert pas le règlement du problème de fond. Et sa crédibilité n’y gagne point.

Au total, comme l’a souligné à sa manière le président de la Ligue djiboutienne des droits humains (LDDH), Jean-Paul Noël Abdi, dans son tableau de bord du 26 octobre 2010, s’il est bien dommage que l’USAID gaspille l’argent du contribuable américain, qui est si attaché à la démocratie, pour l’accompagnement d’une énième mascarade électorale annoncée à Djibouti, il est tout aussi dommage que des responsables de parti d’opposition succombent à la communication autour d’un tel projet anti-démocratique.