— Article rédigé par FARAH ABDILLAHI MIGUIL, le 5 Décembre 2010 | source: djiboutidiaspora.info@gmail.com —

« Nous sommes entrés dans le nouveau siècle sans boussole. Dès les tout premiers mois, des événements inquiétants se produisent, qui donnent à penser que le monde connait un dérèglement majeur, et dans plusieurs domaines à la fois – dérèglement intellectuel, dérèglement financier, dérèglement climatique, dérèglement géopolitique, dérèglement éthique.

Il est vrai que l’on assiste aussi, de temps à autre, à des bouleversements salutaires, inespérées, on se met alors à croire que les hommes, se voyant dans l’impasse, trouvent forcément, comme par miracle, les moyens d’en sortir. Mais bientôt surviennent d’autres turbulences, révélatrices de tout autres impulsions humaines, plus obscures, plus familières, et l’on recommence à se demander si notre espèce n’a pas atteint, en quelque sorte, son seuil d’incompétence morale, … (…).

D’une manière ou d’une autre, tous les peuples de la terre sont dans la tourmente. Riches ou pauvres, arrogants ou soumis, occupants ou occupés, ils sont – nous sommes – embarqués sur le même radeau fragile, entrain de sombrer ensemble. Cependant nous continuons à nous activer et à nous quereller sans nous soucier de la mer qui monte.

Nous sérions même capables d’applaudir la vague dévastatrice si, en montant vers nous, elle engloutissait nos ennemis d’abord. » (Extrait du livre « Le dérèglement du monde » de Amin Maalouf)

Des individus aux simples associations en passant par les partis politiques et les différents cercles qui composent les citoyens d’un pays, c’est la même barbarie. La haine et la condamnation de l’autre sans procès sont devenues les règles dans nos sociétés modernes. L’exemple de la Somalie voisine est édifiant.

Les différents protagonistes qui professent la même foi, se traitent mutuellement d’aposta avec pour conséquences des dégâts collatéraux sur des innocents. Quel paradoxe ! Et aussitôt les questions fussent de partout mais restent sans réponse : « Quelle est cette religion qui enseigne que le sang de l’autre est la voie qui conduit au paradis ? », « Quelles peuvent être les raisons à ce non retour à la non normalité du peuple somalien?».

Dans notre pays (Djibouti) les associations sont souvent en concurrence. Au lieu de chercher comment mettre en place une synergie des intelligences et des forces en présence on cherche souvent le moyen de se neutraliser. Mais parfois il arrive de voir au sein de ces organisations des hommes et des femmes qui se consacrent sans calculs en mettant leur intelligence, leur créativité, leur cœur, leur courage, … au service des autres. Et dans ce moment l’espérance et l’espoir commencent à recoloniser « nos horizons des possibles » mais ces moments sont aussitôt balayés par des désenchantements en observant de plus près les relations entre les individus. Ces relations sont souvent frelatées pour ne pas dire biaisées. Des courtoisies soignées sans cœurs, des respects galvaudés sans valeurs, des rapports aseptisés sans éthique et qui ne nous empêcheront pas de fouiller avec un microscope à haute résolution ce qui fait de l’autre un être humain. D’ailleurs, on est capable aujourd’hui de se calfeutrer à double tour en voyant son propre ami pris dans une tempête soudaine. Et si par miracle une fois que la tempête est passée on voit son ami toujours débout on se précipite pour lui dire qu’on était sur le point de sortir pour lui venir en aide.

La communication entre le genre humain est coupée depuis longtemps. La semaine dernière dans la salle d’attente d’un aéroport, je me suis retrouvé avec un ami et un ancien collègue. Cet homme dont la persévérance et le parcours inspirent le respect me disait pour qu’il y ait une vraie et réelle communication entre deux interlocuteurs il faut qu’il y ait un temps de parole suivi d’un moment de silence avant que l’autre réplique. Nous ne nous écoutons plus. Chacun est dans sa bulle, bien planté dans ses certitudes, habité par des croyances bien figées. Rien ne pourra venir perturber ni bousculer ni remettre en question ces vérités bien ancrées. Ni la morale religieuse ni l’éducation ne pourront rien y changer.

Si nous ne remettons pas à interroger dans les plus brefs délais nos certitudes, nos convictions et si la réconciliation des façades où les sourires affichés cachant « la pétrification d’un intérieur nauséabonde » ne laisse pas la place à une réconciliation des cœurs, nous sombrerons aussi bien que nos enfants dans un monde où l’autre n’est plus cet homme ou cette femme qui a besoin d’être soutenu par la main pour être sauvé mais plutôt dans un monde où nous nous réjouirons des malheurs des autres. Le plus grand danger qui nous guette aujourd’hui est que ceux qui professent la même foi pour un monde meilleur mais dont les chemins diffèrent pour arriver au but aiguisent en silence et en cachette des couteaux pour en finir avec l’autre partie.

Pour construire un avenir meilleur et restaurer des relations humaines où l’homme n’est plus un loup pour l’homme contrairement à la philosophie de Hobbes il serait peut être temps que chacun de nous face siennes les quatre vertus cardinales de l’enseignant à savoir la générosité, la simplicité, l’humilité et l’amour.