Par Farah Abdillahi Miguil, le 23 Mars 2011

Cet article est un droit de réponse à l’article relatif à Cheikh Abdourahman God, publié sur Djibouti24. Pour rappel, le site web Djibouti24 a publié un article plein de sous-entendus fielleux sur Abdourahman B. God, et laissant entendre que ce dernier aurait radicalisé ses prêches du vendredi pour des raisons personnelles, et qu’il aurait délibérément bloqué les fonds appartenant à la mosquée Al-Rahma, alors que lui-même habite dans un duplex à deux étages. Mr Farah Abdillahi Miguil a rédigé ce droit de réponse que nous reproduisons ci-dessous (ainsi que l’article de Djibouti24 – en bas de page). Rappelons enfin que l’article en question a été retiré du site web de Djibouti24 après 24h.

« L’honneur appartient à ceux qui jamais ne s’éloignent de la vérité, même dans l’obscurité et la difficulté, ceux qui essayent toujours et qui ne se laissent pas décourager par les insultes, l’humiliation ou même la défaite. Depuis l’aube de l’histoire, l’humanité a honoré et respecté les individus braves et honnêtes, ….» (Nelson Mandela, lettre à Winnie Mandela, datée du 23 juin 1969)

«La règle de fidélité ne doit s’appliquer qu’à notre vérité à chacun, à nos convictions. Les taire par peur, les contredire par intérêt sont l’équivalent moral de la lâcheté physique. » (Jean François Deniau).

Aujourd’hui, à l’heure de l’Internet et du village mondialisé le sport le plus prisé est celui de jeter aux chiens l’honneur et la dignité de ceux qui incarnent l’intégrité et le courage dans nos démocraties mutilées. Les snipers embusqués et les « diffamalogues » patentés au service des pouvoirs occultes et des dictateurs pullulent de partout. Le son de cloche que nous entendons ces derniers temps ressemblent à « point de salut hors de notre parti ».

Certains aimeraient à l’heure actuelle nous inviter à un retour impossible à l’époque du parti unique, de la pensée unique, de la parole unique, de la vision unique et du micro unique. Qu’ils sachent que le vrai a toujours triomphé du faux. Nous leur rappelons à ceux-là que certains hommes politiques du Congres Américain ainsi que les responsables de l’apartheid qui traitaient Mandela de « terroriste » dans les années 80 sont sortis par la petite porte de l’histoire de l’humanité alors que Mandela est aujourd’hui une icône morale pour le monde. Si Abdourahman Falfalos a été calomnié qu’il sache qu’il n’est pas le premier et qu’il ne sera pas le dernier mais c’est le destin de tous ceux qui ont incarné un idéal et un espoir de changement.Nous lui disons qu’il est sur la bonne voie comme dit ce proverbe africain : « On ne lance des pierres que sur un arbre qui porte des fruits ».

Notre rencontre…

Je ne peux pas dater exactement ma première rencontre avec Abdourahman que je considère comme un grand frère mais je sais que ce premier contact fut le départ d’une aventure humaine fait d’amitié, de fraternité, d’échange d’idées, de débats, de partage et d’engagement. Jusqu’à aujourd’hui je ne peux témoigner que de sa constance pour honorer la parole donnée, de sa fidélité aux valeurs auxquelles il croit. Pour moi, il reste un homme d’une profonde spiritualité ayant toujours une oreille sensible à tous ceux qui l’entourent. C’est vraiment malheureux que les valeurs d’humilité, d’honnêteté, d’intégrité et de courage ne soient pas contagieuses comme disait Joseph Maistre : « C’est un bien grand malheur pour l’humanité que ce soit la maladie qui est contagieuse et non pas la santé ».

Son parcours…

Abdourahman Barkat God dit Falfalos a exercé le métier d’instituteur dans différentes écoles publiques de la république de 1986 à 1997. Il obtint son bac en 1996 en tant que candidat libre. Il quitta Djibouti en septembre 1997 pour la Belgique pour entreprendre des études universitaires. C’est en 2003 qu’il regagna sa terre natale avec un DEA de lettres. Il fut professeur de français au lycée d’Etat de Djibouti avant d’être engagé comme chercheur au CERD à l’institut des langues. Aujourd’hui, Abdourahman est titulaire d’un doctorat de lettres.

Sa fonction…

Abdourahman n’est pas un imam. C’est avant tout un chercheur au CERD mais il est aussi un intellectuel engagé dans le sens noble du terme qui a décidé de mettre son intelligence, son énergie, son savoir, son savoir-faire, son cœur, … au service de l’humain en général et de ses compatriotes djiboutiens en particulier. C’est un acteur social qui a un aura auprès de tous les Djiboutiens toutes catégories confondues. Son engagement sociétal n’est qu’une traduction de sa foi.

La mosquée de son quartier…

Cette mosquée est gérée par un Comité. Elle a son compte à la banque Al Saba contrairement à ce qui a été écrit ici et là. Pour tout retrait ce compte exige une triple signature de 3 membres du Comité. Et la signature d’Abdourahman n’est pas concernée.

Le prêche du vendredi 18 mars…

Nous ne comprenons pas ce déchaînement de calomnie et de haine à l’égard d’un homme qui a évoqué simplement des principes et des valeurs que tout être humain aspire à savoir la démocratie, la justice…. Qui a peur d’un état de droit ? Qui a peur d’une vraie démocratie ? Nous pensons qu’il serait dangereux de vouloir continuer à diffamer, à dénigrer et à s’attaquer à des hommes et à des femmes parce qu’ils pensent différemment de vous. Pour l’intérêt de ce pays, pour votre crédibilité il serait temps d’abandonner toute forme d’atteinte qui porte préjudice à des hommes et/ou à des femmes. Et utilisez votre science à bon escient comme disait Rabelais : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » ou plus près de nous comme disait Abdi Qays : « apprends la science mais utilise ta conscience ».

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Article de Djibouti24

Voici le lien cliquez ici.

Depuis un mois, les prêches du vendredi de Abdourhman Barkhat God dit Abdourahman Fal-faloos, imam à la mosquée Al-Rahman de la cité Gachamaleh, se sont radicalisés.

C’est l’étonnement et la consternation parmi les fidèles de la mosquée car les discours de leur imam ont changé.

Si Fal-faloos avait l’habitude de dénoncer auparavant dans ses prêches les maux de notre société, tels que l’injustice, la délinquance, le chômage, il n’hésite plus aujourd’hui à appeler ouvertement au soulèvement populaire.

Vendredi dernier, le jeune imam a décidé d’ignorer l’appel au calme et à la neutralité lancé par le ministère des bien waqfs lors d’une récente réunion avec les imams de la capitale, en invitant ses fidèles à prendre exemple sur les « frères yéménites » pour se sacrifier.

Pire encore, il a délibérément et intégralement « prêcher » en langue somali durant le vendredi 18 mars, alors que selon la SUNNAH, les prêches en langue arabe sont vivement recommandés, du moins pour la première partie de la prière de vendredi. La deuxième partie étant réservée généralement à la traduction du prêche en langues locales.
Abdourahman Fal-faloos est un natif du quartier 7 bis, son quartier d’enfance où il a été chef de la bande « étoile bleu » avant de devenir Instituteur. Intelligent, grand footballeur, il embrassera la foi après sa rencontre avec un certain Abdourahman Bachir, un ouléma très influent à Djibouti membre du comité national des oulémas, dont il sera son meilleur disciple.

Fal-faloos s’exilera en Belgique au début des années 90, l’occasion pour lui d’entreprendre des études universitaires. Durant la fréquentation des bancs des universités françaises et belges, il lui arrivera de croiser, de temps en temps, sur son chemin, un certain Daher Ahmed Farah dit DAF.

Dès son retour à Djibouti, Fal-faloos sera engagé comme chercheur au CERD (centre d’étude et de recherche de Djibouti), l’ancien ISERST. Outre un accomplissement professionnel, Fal-faloos s’est aussi investi dans le social puisqu’il a été président et co-fondateur de l’association charitable Al-Biri.

Rien ne présageait pourtant pas une telle tournure dans le parcours de ce très jeune cheikh, grand orateur au franc-parler, apprécié de tous, habitué des conférences improvisées dans les quartiers (muhadarat), et qui est récemment devenu animateur dans une émission réligieuse diffusée par la RTD.

D’après nos informations, les prises de positions du cheikh Fal-faloos se sont accentuées lorsque trois de ses collègues au CERD ont été arrêté « arbitrairement », pour avoir mis leurs véhicules de services à la disposition de l’opposition durant les évènements du vendredi 18 février 2011.

C’est ce dernier acte ressenti comme une injustice qui aurait radicalisé Fal-faloos.

Le cheikh avait déjà une dent contre le gouvernement après l’incarcération de son oncle, l’ancien lieutenant-colonel de la FNP (force nationale de police), Said Awaleh God, bras droit du feu général Yassin Yabeh, pour sa participation à la tentative de putsh de décembre 2000.

L’officier God sera relâché, trois années plus tard, suite à l’intervention d’un de ses proches, également très proche du président Guelleh.

Fal-faloos n’hésitera pas à rompre les liens avec ses meilleurs amis, tel que Abdourahman Bachir et Hamoud Soultan suite à la nomination de ce dernier en 2008 au poste de ministre des biens waqfs dans un gouvernement qu’il haït.

On comprend encore moins sur les réelles motivations qui ont pu pousser le jeune imam à appeler à la révolution dans ses prêches, quand on sait qu’un fonds estimé à 400 millions Fdj – qui est une contribution des fidèles et autres organisations sur une période de 3 ans et destinés à la reconstruction de la mosquée Al-Rahma – est toujours bloqué dans un compte bancaire à la BCI, malgré les appels du comité de gestion de la mosquée, et que la nouvelle maison de l’imam, située à proximité de la cité Gachamaleh, se trouve être un duplex à deux étages.