Selon le numéro de mercredi de La Nation, les autorités ont déclaré la guerre à la spéculation sur le prix du pétrole lampant (200 à 210 FDj le litre). Ce n’est pas trop tôt, et il n’échappera à personne que ces déclarations tonitruantes ont quelque chose à voir avec la mise en place du nouveau gouvernement, qui est très désireux de se démarquer de l’ancien.

Cette volonté affichée de faire table rase des anciennes habitudes de « laisser-aller » qui a conduit les commerçants, en se sentant à l’abri de la surveillance du gouvernement, à alourdir la pression sur le pauvre peuple Djiboutien déjà asphyxié par la « conjoncture internationale » et la hausse des prix « dans le monde », dénote en fait une attitude hypocrite. Dire en quelque sorte : les autres n’ont pas fait leur travail, mais ne vous inquiétez pas, nous sommes là alors toutez pas, nous sommes là alors tout va aller pour le mieux, ne résout pas le problème et laisse de côté la question essentielle du coût de la vie, dont le prix du pétrole lampant n’est qu’une composante. Encore une fois, il ne s’agit que de démontrer que le gouvernement n’est le problème, mais qu’il est plutôt la solution.

Par ailleurs, la lutte contre la vie chère, qui semble être le nouveau cheval de bataille du gouvernement, ne peut avoir de chance d’être gagnée que si l’on se penche sur une problématique qui ne semble pas avoir à première vue de rapport avec celle-ci. Je veux parler du conflit d’intérêt. En effet, comment peut-on considérer sérieusement que cette hausse constante des prix des produits de première nécessité n’a rien à voir avec le fait que des fonctionnaires, parfois haut placés, et même des responsables politiques mènent en parallèle des activités commerçiales ? Comment ces personnes, qui sont clairement en conflit d’intérêt, et au vu et au su de tout le monde, peuvent faire respecter les lois du pays si celles-ci viennent à l’encontre de leurs intérêts?

Prenons un exemple très concret : à la place Ali-Sabieh, des enseignants, au nombre de 24, s’installent dans un bus, qui a un nombre de places assises de 24 exactement. L’aide-chauffeur refuse de démarrer la voiture si les passagers refusent de « faire place » à d’autres. Devant la menace et l’injustice de cette demande, formulée avec arrogance, les enseignants décident de faire valoir leurs droits en déposant une plainte auprès du commissariat tout proche. Mais la plainte n’aboutit pas car il s’avère que le bus appartient en fait à un officier du commissariat. Celui-ci, non content de cet état de fait, soutient et réitère les exigences de l’aide-chauffeur. Conflit d’intérêt, et dans ce cas, les personnes dans cette situation choisissent leur intérêt personnel plutôt que leur devoir envers l’Etat…

Et les exemples de ce genre ne manquent pas….