Auteur: Houssein Horow-mar
Date: 21 Août 2011
Comme a’ mon habitude, je rends une visite improvisée aux miens, les nomades qui vivotent au milieu d’une plaine perdue quelque part dans la Corne d’Afrique. Mais cette fois-ci, la visite ne rime plus avec promenade champêtre, ni l’esprit au repos. Et pour cause. Une sécheresse plus que dévastatrice décime homme et animal. La terre brûle, surchauffée par un soleil aux rayons accablants. Le désert avance, a’ perte de vue. Rien ne pousse. D’abord, tout se raréfie. Puis tout disparaît. Pluie, et pâturage, flore et verdure. C’est la désolation d’une nature mise a’ nue par une calamité sans nom. Un apocalypse a’ ciel ouvert.
Dans un environnement déjà plus qu’hostile a’ l’humain comme a l’animal, l’absence de pluie qui n’en finit jamais depuis de longues et interminables années emporte même les arbustes les plus résistants. De sorte que les rares oiseaux encore survivants ne trouvent plus où se poser. « De mémoire d’homme, personne ne se souvient d’une telle calamité », me confie Walieh, le doyen du campement. Sexagénaire, la silhouette plus frêle que le mince bâton qu’il porte sur les épaules et la physique aussi fragile que les lacets de ses vétustes sandales en cuire de vache. « Même les pires sécheresses des années 1970 n’ont causé autant de désolation dans toute la région de transhumance de mes bétails», explique-t-il.
Ils n’ont point de source de subsistance. Leur seul et unique maigre moyen de survie, leur bétail, vient d’être déchiqueté par cette sécheresse qui ravage tout sur son passage. Une sécheresse qui broie tout, ne laissant que des carcasses décomposées et malsaines, qui joncent le sol, çà et là. Même les charognards, autrefois si avides de leur viande jusqu’aux os, n’y trouvent plus leur goût.
Personne ne se fait le moindre souci pour eux. Les autorités locales les ignorent, bien occupées par les séances de khat quotidiennes et autres intérêts personnels. Point de généreux bienfaiteurs, ni d’associations de secours et autres ONG venues de loin. Personne ne s’aventure dans ce spectacle de misère où la désolation côtoie aux désastres naturels.
Livrés a’ eux-mêmes, ils portent toute la pauvreté du monde sur le visage. Leur quotidien est fait de souffrance et sacrifice. Tels leurs bétails, ces nomades sont marqués par l’implacable sceau de la malnutrition et autre déshydratation drastique, qui les rangent comme un carnivore.
Tout change. De mal en pire. Sauf une chose, une seule, qui résiste à toute quelconque altération temporelle, depuis des siècles : leur mode de vie. Le nomadisme pastoral. Se déplaçant sans cesse avec l’odeur de la pluie. Une odeur qui fait renaitre toute leur énergie, comme pour les pousser en avant, a’ l’image des roues motrices d’une locomotive au Diesel. Un mode de vie qui se perpétue a’ l’identique, de père en fils et dont sont fiers ces nomades aux semelles infatigables.
Mais, aujourd’hui, ces chasseurs de pluie ne savent plus quoi faire, ni vers qui se tourner. Ils s’en trouvent tellement désorientés qu’ils en perdent même leur fidèle guide, la grande étoile Shuhuuro qui leur donne le signal de la première prière du jour. Tel un muezzin infaillible. Ces nomades, les miens, ne savent donc plus où aller. Si ce n’est que s’accrocher et avancer, a’ tâtons. Si ce n’est que prier, oui toujours prier pour un éventuel nuage qui leur masquerait les ardeurs du soleil africain. Prier Allah, le Miséricordieux, le Tout-Puissant, pour leur venir en aide, leur porter l’ultime secours tant attendu. Gardant toujours l’espoir d’une goute d’eau qui leur sauverait la vie. A défaut, ils vont tous mourir, comme leur bétail. Pour une petite goutte d’eau, si chère.