Il est parfois intéressant de remarquer, dans les discussions enflammées entre amis que j’ai pu avoir sur l’autre sexe, l’expression de dégoût et de rejet qui se peint sur le visage de la plupart d’entre nous quand on évoque ce qu’il est communément convenu d’appeler les « vices » ou « balwad » (dépendance au khât, à l’alcool et autres drogues…) chez une femme… Une femme qui broute, qui fume : quel énorme gâchis ! Mais c’est la pire des perversions !!

Par contraste, plus personne ne prend la peine de s’étonner ou de se montrer choqué face au récit d’un homme qui est sujet aux mêmes déviations. On peut même dire, sans trop exagérer, que de la part d’un membre du « sexe fort », s’adonner au khât et autres dépendances est un comportement à la limite attendu, ou si l’on préfère, presque « normal ».

Cette façon de pensée, très manichéenne, est dominante dans notre société patriarcale. Elle est révélatrice à plus d’un titre, en même temps qu’elle est au cœur même du profond malentendu qui persiste entre les femmes et les hommes d’aujourd’hui dans notre société.

Posons-nous un instant cette question : En quoi il est naturel, ou pour ainsi dire, moins « socialement acceptable » pour une femme que pour un homme de succomber aux tentations de sa majesté le khât par exemple ? L’homme peut dilapider son salaire, affame femme et enfants, avoir des relations extraconjugales, il continue quand même d’avoir une place tout à fait honorable dans la société ; il arrive même qu’il soit considéré comme un « bon gars » par ses compères chefs de familles et collègues de travail. Mais qu’une femme risque son nez dehors, et qu’en plus elle ait l’impudence de s’essayer à la shisha, au khât, ou aux délices supposés d’une relation extraconjugale, (en somme qu’elle fasse ce qu’un homme comme un autre pourrait faire sans rencontrer de problèmes) elle est pointée du doigt, comme une « paria », pour ne pas employer des mots plus durs…

Le propos n’est pas ici de justifier ou de défendre le comportement malsain de qui que ce soit, qu’importe son sexe), mais plutôt de montrer que dans une société telle que la nôtre, les tenants du pouvoir et de la décision que sont les hommes ont, pour une bonne part d’entre eux, donné durant longtemps le mauvais exemple à la gent féminine par leur comportement irresponsable. A un moment où l’on parle d’émancipation de la femme, à une époque où le statut de la famille est plutôt assimilé au « statut de la femme », il n’est pas étonnant de voir l’irruption, ou l’expansion d’un phénomène très dérangeant : des femmes appartenant à toutes les tranches d’âges, qui broutent, s’adonnent à l’adultère, et font exactement ce que leur alter ego masculin fait sans être inquiété ou mal vu. Pourquoi s’étonner d’entendre des femmes dire, sur le ton de la protestation : « Pourquoi pas nous ? » Et ce, dans tous les domaines… Et il faut bien le dire : comment les en blâmer ?

Je comprends ceux et celles qui se sentent concernés et très choqués par ce phénomène en pleine expansion. Il est de plus en plus difficile de l’ignorer. Mais ce que je ne comprends pas, c’est qu’on continue à considérer comme socialement acceptable le même comportement de la part de la gent masculine. Ce qui est mal et répréhensible chez les uns doit l’être chez les autres, et il n’y a aucune raison pour que ce ne soit pas ainsi.