Le site web reliefweb rapporte des nouvelles inquiétantes relatifs à la sécheresse. Le spectre de la sécheresse menace en effet la région de la Corne de l’Afrique. Ce qui ressort, c’est encore et toujours la vulnérabilité de la population rurale qui a déjà été durement touchée en 2010-2011, et le manque de réponse apportée à cette catastrophe annoncée de la part des gouvernements respectifs de ces pays dont Djibouti.

Voici l’article en entier, que je vous laisse lire.

KIGALI, 5 mars 2012 (IRIN) – La sécheresse va probablement frapper de nouveau la Somalie et d’autres régions de la Corne de l’Afrique dans les trois mois à venir. C’est ce qui ressort de la conférence régionale qui vient de rassembler des spécialistes du climat dans la capitale du Rwanda, Kigali. Cette prévision arrive quelques semaines seulement après que l’ONU a déclaré la fin de la « famine ».

« La probabilité est forte de voir la sécheresse revenir dans la Corne de l’Afrique. Les pluies ont indéniablement été insuffisantes dans toute la Somalie, le nord du Kenya, le sud, l’est et le nord-est de l’Ethiopie, » a déclaré Laban Ogallo, directeur de l’ICPAC, le Centre de prédictions et d’applications climatiques de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) [ http://www.iag-agi.org/spip/fiche-organisme-101_fr.html ] , qui fournit des prévisions pour la Corne de l’Afrique.

« Nous, nous avons lancé le message. Il appartient maintenant aux gouvernements, à la société civile et aux médias de se préparer. pour le pire des scénarios, même si le pire ne se produit pas. Il n’y a pas de mal à être bien préparé, » a t-il indiqué. « Nous devons bien réaliser que beaucoup de ces régions sont déjà confrontées à l’impact cumulatif de plusieurs sécheresses. »

Youcef Ait Chellouche, coordonnateur régional adjoint de la Stratégie internationale de prévention des catastrophes de l’ONU (SIPC) [ http://www.unisdr.org/ ] , a fait remarquer que la capacité de réaction des gens, dans la plupart de ces régions qui ont déjà souffert des effets de la sécheresse sévère de 2010-2011, est quasiment inexistante. Dans les jours qui viennent, a t-il ajouté, il doit rencontrer des spécialistes de la gestion des risques de catastrophes de divers pays et agences, pour mettre en place un plan d’action précoce.

« Nous ne pouvons pas attendre encore une fois de voir les gens arriver à Dadaab [un camp de réfugiés de l’est du Kenya]. C’est maintenant que nous devons prendre des mesures préventives. Il nous faut trouver des manières de sauvegarder les troupeaux et d’assurer des transferts d’argent à la population. Cela fait partie des leçons que nous avons tirées de la sécheresse de l’année dernière, » a t-il expliqué.

Au 30è Forum des perspectives climatiques de la grande Corne de l’Afrique qui s’est tenu à Kigali, il a fallu aux scientifiques trois jours de brainstorming sur les précipitations et les données de température, sur l’état actuel des courants océaniques et la force de La Niña [ http://www.irinnews.org/fr/Report/94855 ], pour arriver à établir leur prévision.

L’augmentation de l’activité cyclonique enregistrée au cours des dernières semaines sur l’Océan Indien est l’un des principaux facteurs qui privent la Corne d’humidité, a expliqué M. Ogallo. « L’Océan Indien est relativement tiède en ce moment et va le rester pendant les prochains mois. » Il a rappelé les cyclones observés récemment près de Madagascar.

Les spécialistes du climat Andrew Colman, qui travaille au Centre Hadley du Service météorologique national du Royaume-Uni (UK Met Office), et Vadlamani Kumar de l’Administration océanique et atmosphérique nationale (NOAA) du gouvernement américain ont indiqué que les effets résiduels de La Niña en fin de course pouvaient également être un facteur de l’insuffisance des précipitations sur la Corne de l’Afrique.

Un épisode de La Niña se produit quand la surface de l’Océan Pacifique centre et est, la plus grande mer du monde, se refroidit, et a une influence sur le climat des autres régions du monde. La Niña enregistrée en 2010-2011 a été particulièrement forte et certaines parties de la Corne ont connu la période la plus sèche de 60 ans d’histoire.

« Nous sommes dans une phase de transition. Elle [La Niña] semble sur le point de se terminer mais [d’un point de vue météorologique] c’est toujours un peu chaotique à cette époque, » a indiqué Peter Ambenje, directeur adjoint du Service météorologique kenyan.

« Des quantités de pluies normales ou inférieures à la normale, » – c’est-à-dire que les perspectives ne sont guère optimistes – ont aussi été prévues pour le sud, l’est et le nord de la Tanzanie, le Burundi, le Rwanda, l’Ouganda et l’ouest et le sud du Kenya.

Des températures élevées

« Nous avons enregistré certaines des températures les plus élevées des 13 dernières années dans le nord du Kenya en janvier 2012, » a dit M. Ambenje. Le gouvernement, a t-il ajouté, prévoit déjà des mesures d’urgence. « Les populations vont avoir besoin d’eau et leurs troupeaux auront besoin d’être sauvegardés. »

Selon le Réseau de systèmes d’alerte précoce contre la famine (FEWS NET) de l’Agence américaine de l’USAID, les populations devraient s’attendre à des précipitations irrégulières dans le sud de la Somalie et le sud-est du Kenya. FEWS NET doit publier une perspective détaillée dans les semaines à venir.

Les éleveurs éthiopiens de la région Somali et les communautés agropastoralistes de l’Oromia du sud pourraient avoir à faire face à de graves difficultés ; la région des Nations, nationalités et peuples du sud (SNNPR), l’une des plus pauvres d’Ethiopie, va probablement elle aussi être affectée par la sécheresse, ont averti les spécialistes du climat.

Cependant, Dula Shanko, directeur du Service météorologique d’Ethiopie, a indiqué qu’on pouvait s’attendre à ce que la sécheresse soit moins sévère que celle de l’an dernier, parce que la plupart des régions éthiopiennes avaient bénéficié de pluies abondantes vers la fin de 2011.

Djibouti est déjà confronté à des pénuries d’eau, a fait remarquer Osman Saad Said, responsable du Bureau météorologique du pays. En 2011, au moins une personne sur huit a eu besoin d’aide d’urgence, selon la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR). « Nous sommes déjà en train de creuser de plus en plus de puits forés dans la ville. »

De nombreux experts en catastrophes ont rappelé la lenteur de la réponse des gouvernements et des donateurs aux avertissements précoces concernant la sécheresse qui a frappé la Corne en 2010-2011.

Abbas Gullet, secrétaire-général de la Croix-Rouge kenyane, a indiqué que son organisation avait répondu à l’alerte et lancé un appel dès le début de 2011, mais n’avait pas réussi à collecter suffisamment de ressources, parce que le gouvernement n’avait pas tiré les sonnettes d’alarme officielles. Ce n’est que quand la population elle-même a pris en charge la campagne « Kenyans 4 Kenya » (Les Kenyans pour le Kenya), plus tard dans l’année, que des fonds conséquents ont pu être levés.

L’un des problèmes soulignés a été le manque de lien entre l’alerte précoce et l’action précoce. « Il n’existe pas de cadre qui permette le déclenchement des fonds quand une alerte précoce est lancée, » a indiqué un travailleur humanitaire.

« Les gouvernements et les populations doivent prendre des mesures préventives de leur propre chef, sans attendre que les donateurs fournissent les fonds, » a ajouté un autre travailleur.

« Il sera intéressant de voir comment les acteurs humanitaires – et les donateurs – vont intégrer cette information dans leurs prises de décision, et de voir ce qu’ils vont faire à partir de là dans les prochaines semaines, » a déclaré Maarten Van Aalst, directeur du Centre Croix-Rouge/Croissant-Rouge sur le changement climatique et l’un des auteurs principaux du résumé du Rapport spécial sur la Gestion des risques d’événements extrêmes et de catastrophes pour améliorer l’adaptation au changement climatique (SREX) [http://www.irinnews.org/fr/Report/94430/EN-BREF-Nouveaux-rapports-sur-le… ] publié par le Groupe d’experts intergouvernemental sur le changement climatique (GIEC) en 2011.

« Etant donné la modestie du signal envoyé par la prévision météo, je pense que les meilleures options seraient les investissements dits «sans regrets», notamment ceux qui sont destinés aux zones à haut risque qui souffrent encore de la crise actuelle, et un véritable suivi, de façon à permettre d’accélérer le rythme en cas de besoin, » a t-il ajouté.