Je voudrais d’abord adresser mes plus sincères excuses aux lectrices et lecteurs de «La Gazette de Djibouti » pour ne pas avoir mis à jour mon blog depuis plusieurs mois. Ce long silence est plus dû à des raisons matérielles qu’à autre chose (je n’ai pas pu réparer mon ordinateur, et j’ai été obligé d’en acquérir un nouveau, voilà). Me revoilà donc après une absence de plusieurs mois, avec un nouveau sujet de discussion. J’espère que les fidèles me pardonneront et partagerons comme d’habitude leur point de vue, que ce soit directement sur le blog, ou bien sur la page Facebook du blog.

n tant qu’enseignant, la question de la langue est cruciale. En fin de compte, ce qu’on enseigne dans les salles de classe, c’est la maîtrise de la langue française, la capacité pour un élève d’utiliser de façon appropriée cette langue dans les différentes situations de la vie. Et, tout aussi important, nous faisons la promotion non seulement de la langue française, mais aussi de la civilisation française et occidentale. Une langue, c’es tbien connu, est la fenêtre vers les connaissances, la culture  et l’imaginaire portées par la population à qui appartient cette langue. En apprenant le français, nous nous ouvrons à cette civilisation et nous nous l’approprions, plus qu’avec aucune autre culture.

Même si cet aspect de notre rôle n’est pas mis en avant, il est sans conteste essentiel dans le rayonnement de la langue française à Djibouti, et devient de plus en plus évident dans le secondaire et plus tard à l’université.

Cependant, la langue française, aussi privilégiée que soit sa position à Djibouti par rapport aux autres langues comme l’arabe ou l’anglais, se trouve menacée par ces dernières, et est sur le point d’être détrônées de sa première place.

Car il ne suffit pas qu’une langue soit déclarée langue officielle dans un pays et  enseignée dans ses écoles pour assurer sa pérennité, il faut aussi que la population se l’approprie au quotidien, dans les conversations, les choix à faire dans les achats (dois-je acheter un médicament fabriqué en France ou en Egypte par exemple ?), mais aussi à travers la télévision, les journaux, les radios et les rapports entretenus avec des institutions comme l’Institut Français, etc…

Aujourd’hui, quel est le rapport qu’entretiennent les Djiboutiens avec la langue française ?

Je ne suis pas le seul à émettre cette remarque, qu’aujourd’hui, les Djiboutiens préfèrent l’anglais et l’arabe au français, alors qu’il y a plusieurs années, et même une décennie avant, l’anglais était presque inexistant, et l’arabe était perçu comme une langue désuette, réservé au domaine des connaissances théologiques, de la religion pour tout dire…

Quelques indices révélateurs permettent de soutenir que l’arabe et l’anglais prennent de plus en plus une place importante, et relèguent (ou sont sur le point de le faire) le français à la 3ème place à Djibouti, ce qui est un comble pour un pays supposé être francophone !!

 

Tout d’abord, les antennes satellitaires recevant les bouquets de chaînes arabes, et qui comportent un nombre important de chaînes anglaises, ont envahi les foyers Djiboutiens : les familles ne disposant pas d’une antenne satellitaire, ou étant abonnée aux bouquets francophones payants (DjibSat et Télésat) sont minoritaires.

Ce flot d’images et de sons, où la langue française tient une place très discrète (les châines en français sont au nombre de 3 ou 4, sur plusieurs centaines !!), impacte très fortement la capacité des enfants à assimiler plus facilement une langue. En effet, plus un enfant est plongé dans un « bain linguistique » (que ce soit en français, arabe ou anglais), plus facilement il peut l’assimiler et la maîtriser.

Les adolescents d’aujourd’hui, pour leur majorité, regradent les informations sportives sur des chaînes arabes (Al Jazeera Sport, BeIn Sports, etc…),  prennent des nouvelles de leurs catcheurs préférés sur des chaînes anglophones (et néanmoins appartenant à des compagnies arabes, comme MBC) et suivent en arabe les célèbres séries turques. Et, détail non négligeable, ils comprennent parfaitement !

L’arabe est devenu ainsi, sans crier gare, la langue du divertissement pour une très grande partie de la population Djiboutienne. On ne dit plus « catch », mais plutôt « mussaara’a ». On ne parle plus d’actualité sportive, mais de « akhbar ar’riyaadiya ». « Mouhannad » et « Marie-Jou » (personnages principaux  de séries diffusées sur des chaînes arabes) sont les modèles des jeunes filles et des jeunes garçons, et le sujet principal des conversations.

Pour ce qui est de l’anglais, son évolution a été différente, et son importance progressive se manifeste plutôt dans le domaine du « businness », avec la venue de partenaires anglophones (soldats américains, japonais et autres).

Le français est devenu assiégé sur deux fronts, l’anglais et l’arabe se renforçant chacun de son côté, tandis que la francophonie est devenue orpheline au niveau national, sans personne pour la défendre. Et, au niveau de l’école, cette faiblesse de la position de la langue française se ressent, par une sorte d’effet papillon, sur le niveau des élèves et des enseignants (même si ce n’est pas la seule raison, évidemment). Les enfants préfèrent regarder les chaînes arabes telles que « Bara’em », « Al Jazeera Children » ou « Cartoon ».

En fin de compte, il serait intéressant de disposer d’une étude au niveau national pour déterminer plus précisément la position les unes par rapport aux autres de ces trois langues à Djibouti, et l’avenir à terme de la francophonie à Djibouti, le seul pays ayant le français comme langue officielle dans la Corne de l’Afrique.